Manifeste anarcocrip.
L'antivalidisme libertaire, (ou anarco-antivalidisme, ou anarcocrip), professe que l'antivalidisme est une évidence pour l'anarchie, et inversement, l'anarchisme est une évidence pour l'antivalidisme. L'un étant la condition de l'autre.
L'antivalidisme est une condition structurelle de la pensée anarchiste elle-même, qui doit abolir toutes les oppressions, toutes les dominations, toutes les hiérarchies. Inversement, toute critique du validisme qui n'est pas anarchiste reste prisonnière des logiques de normalisation et d'adaptation au système capitaliste et au validarcat.
L'anarchisme est la seule idéologie qui peut accepter l'antivalidisme sans se contredire. Les handies, exclues de partout, y sont accueillies avec amitié, par l'abolition de toutes les dominations. Même celles auxquelles on ne pense pas. Même quand l'anarchisme n'a jamais conceptualisé l'antivalidisme, il était là, quelque part.
L'antivalidisme force les anarchistes à revoir la définition même de la force, de la faiblesse, du militantisme, de l'engagement, de la dépendance, de l'autonomie, de la liberté et de l'égalité. En refusant toute autorité, l'anarchisme pose les bases d'une émancipation qui ne peut s'arrêter aux portes de la chair.
L'anarcocrip refuse l'aumône de l'inclusion. L'inclusion est un piège libéral : elle suppose qu'il y a un centre sain, normal et légitime, d'où inclure la marge. Accepter l'inclusion, c'est valider la légitimité de ceux qui fixent la norme. C'est mendier une place dans une architecture bâtie sur notre exclusion. Nous ne voulons pas une place à la table, nous voulons la renverser.
Et si nous sommes pour une transformation de la société et du cadre de vie, nous sommes nécessairement révolutionnaires. Ce n'est que dans l'abolition de l'argent et du travail salarié que nous trouverons notre bonheur, notre émancipation et la liberté collective.
La révolution sera crip ou ne sera pas. Mais la révolution n'est pas pour après-demain. La rupture avec le validarcat et la norme sociale ne commence pas après la chute des institutions, elle se pratique aujourd'hui. Avec une portée radicale, dans l'entraide et la solidarité, dans la lutte contre toutes les discriminations, dans le refus de l'évaluation et de la compétition, dans l'indépendance de nos existences non conformes, ici et maintenant.
Anonyme, septembre 2026.
“Je suis anarchiste individualiste parce que toutes les aspirations de mon moi, tendent vers ce but : le bonheur ! Je suis anarchiste altruiste parce que j'aime mon prochain comme moi-même, parce que le spectacle de sa souffrance, de sa détresse, de sa misère m'émeut et m'afflige douloureusement ! Je suis anarchiste révolté parce que, ayant au cœur l'amour profond et sincère de l'amitié, toute iniquité me révolte.”
E. Rinaldain. Pourquoi je suis anarchiste, 1897.
Ce manifeste est en CC0. https://fr.wikipedia.org/wiki/Licence_CC0
À propos de la Crip Theory : Un texte de Julie Williams traduit par Les Dévalideuses. https://lesdevalideuses.org/crip-theory/