L'arbre du Ténéré

Un manuscrit de Looping

Poème / Le poids d'un cœur

Du crépuscule à l’aube errent mes esprits malicieux Bien que boiteux, défaits, souillés et grinçant à grands cris J’ouvre les yeux et mon cœur, bien que poussiéreux Sur cette contrebande de souvenir attendris

Depuis l'étreinte qui nous enserre et nous perdra Au profond des abysses est au-delà de l’oubli Un souvenir capiteux me pousse dans tes bras Qui fait vaciller tout ce qui a été engloutis

Il faut faire face aux fissures dans la façade Et nouer dans la chair les caresses et les sanglots Les mots qui viennent de naître tombent en cascade Et emporte Décembre dans la quiétude et le repos

Son ombre ne soulève plus que quelques clapotis Et je dois tout détruire ce que j’ai construits en argile Tout ce qu’il reste, c'est un cœur rouillé et son cliquetis Qui doit arpenter la terre en équilibre fragile

Le moindre nerf est débordé d’information Tout dérive lentement sur la délicate incomprise Tous mes corps abandonnent sans sommation Pliant sous le poids d’un cœur qui se brise

Looping, sans date, probablement entre 2010 et 2015.

Poème / Le robot

Je ne suis qu’un robot, une machine Le mécanisme d’un automate artificiel Pourtant, le soir il arrive que j’imagine Que je puisse sortir de mon logiciel

Je suis coincé dans ma mécanique Partout boulonné de plein de capteurs Je ne puis dire qu’un son froid et métallique Par-dessus le bruit de mon réacteur

Sur catalogue je ne suis qu’une référence À l’envie je change de configuration Pourtant, je ne suis pas cette apparence Et je rêve de devenir vagabond

Alors que mes nerfs sont faits de fibre Je ne suis qu’un pantin sans hardiesse Si seulement mon cœur de ferraille vibre C’est que j’aime de toutes mes pièces

Looping

Poème écrit en réponse à la chanson Le robot de Luke

Poème / Octobre

Surpris, pendant qu’octobre frappe à ma porte, Je cache la maladie sous quelques branches, Recouvertes de vieilles nappes et de fleurs mortes, Et des couleurs indica de mes nuits blanches...

Looping

Poème / Sweet mélancolie

Dans la fosse commune des espoirs Les oubliés sans frontière sont dehors Parce que tout se résume en une histoire Des étoiles aux étoiles à la vie à la mort

Dans les friches de nos souvenirs Quelques images à pardonner Tant de peut-être à retenir Le remords pour seule monnaie

Et l’on cultive sur les champs de la faim Parce qu’il reste encore trois mondes à refaire L’argent qui vit comme un aigrefin Et tout ça, pour la vie, pour l’enfer

Looping, sans date, avant 2010.

Poème / Antifa

Le fascisme contemporain ne rampe plus, il chante. Il ne se cache plus dans l’ombre, mais bien plus proche. Partout, parmi nous malgré les taches de sang urgentes, De tranchées en bunker pour un talk-show de la téloche.

Il y a dans l’air comme un parfum des années trente. Comme un incendie dans le cher pays de mon enfance. C’est au cœur de la nuit de notre époque troublante Qu’il faut, adelphes, monter une barricade de défense.

Alors que nous brulons de colère, nous n’avons pas peur, Le corps social caché dans l’artifice et un fard encore ivre ; Laissons donc crier contre le vent tous ces agitateurs ; Il reste les actes sur la terre de quelques esprits encore libres.

Looping juin 2021

Poème / Renovatio II

Il faut se libérer des souffrances du passé, De l’amour et du bonheur, fardeaux corrompus. Prendre l’un contre l’autre et les fracasser, Ces mensonges inoffensifs, s’ils sont confondus

L’amour-propre et l’estime de soi grondent de fierté Lorsque je rencontre l’estime et le triomphe. Sans les laisser me corrompre ni me submerger, Rien qu’à comprendre qu’il n’y a pas de réponse.

Trouver la sérénité là où il n’y a pas de scénario. Je suis qui je suis. Je n’en n’ai jamais douté. Je trouve juste refuge dans l’Absurde et le Chaos, Remplaçant mon tatouage “fragile” en un “A” cerclé.

Looping, 13 janvier 2021.

Poème / Kaolin

Alors que je marine dans une atmosphère volatile, Il arrive parfois que la douleur puisse se taire. Pourtant, jamais bien loin de mon cœur pulsatile, Mais même dans les éclaircies, je reste solitaire.

Je peux me contenter des paysages désertiques Que je devine ailleurs lorsque je ferme les yeux. Je peux bien faire tourner ma machinerie poétique À l’abri anti-atomique de mon château silencieux.

Dites-moi comme c’est fabuleux la gourmandise ! Je n’entends même pas le chant des sirènes… Tatoué “Fragile”, tout ce qui me touche me brise, Mais regardez comme elle est belle ma porcelaine.

Looping 2021