L'arbre du Ténéré

Un manuscrit de Looping

Poème / La misère et la corde

Demain le monde, et si peu aujourd'hui : Des slogans sur des tee-shirts, En guise de révolution, D'hymnes en guitares, D'amour en corps à corps.

Il pleut en Cisjordanie, des larmes qui manquent aux yeux, Et qui refroidissent un sol tiédeux.

Demain le monde est encore moins bien qu'aujourd'hui : Pour trois minutes de silence, Des Bouddhas en Afghanistan, Dévoilent en poussières les bombardements, De préservatifs en sida, De sida en Afrique.

Demain il faisait nuit sur la Terre : Les gentils qui parlent de liberté, Comme on parle de l'heure, Et il y a les autres, Qui parlent quand ils le peuvent, De Liberté, Comme le poète parle d'amour; Les autres, Qui parlent quand ils le peuvent De Liberté, La misère et la corde En guise de miséricorde.

Looping, 7 avril 2002. Déjà publié dans mon 2e livre.

Poème / Ismaël & Isaac

Ne rien faire, ne rien dire, c'est déjà être complice, Dans un monde où la Terre promise est un charnier ! Tout un peuple est voué aux éternels supplices, Puisque les signes sont ignorés par Pharaon jusqu'au dernier.

L'Histoire ne se répète pas, elle continue seulement, Là où il ne nous reste plus que de stériles comparaisons. Je n'ai ni dieu ni maître mais je me sens musulman, Quand tous ont perdu le courage et la raison.

Pendant que nous ânonnons de vains plaidoyer, Marchands d’armes ; nous sommes tous corrompus. Depuis le confort et la chaleur de notre foyer, Dieu le silence que fait un peuple qu’on tue !

Looping, 25 février 2024.

Poème / Isaac & Ismaël

Dieu le silence que fait un peuple qu’on tue, Depuis le confort et la chaleur de notre foyer ! Marchands d’armes ; nous sommes tous corrompus ; Pendant que nous ânonnons de vains plaidoyers.

Quand tous ont perdu le courage et la raison, Je n'ai ni dieu ni maître mais je me sens musulman. Il ne nous reste plus que de stériles comparaisons, Là où l'Histoire ne se répète pas, elle continue seulement.

Les signes sont ignorés par Pharaon jusqu'au dernier, Et tout un peuple est voué aux éternels supplices : Dans un monde où la terre promise est un charnier, Et où ne rien faire, ne rien dire, c'est être complice !

Looping 24 et 25 février 2024

Le titre fait référence à la légende hébraïque, biblique et coranique, des fils de Abraham. Demi frères, fils légitime et fils d'une esclave, ils sont considérés comme les ancêtres du judaïsme et de l'islam.

1er vers : “Dieu le fracas que fait un poète qu'on tue.” Aragon à propos de l'assassinat de Lorca par les sbires de Franco)

3e Vers : Le rapport annuel sur les exportations d'armes, présenté par le ministère des armées en juillet 2023, établit que depuis 10 ans, la France a vendu pour 208 millions d'euros de matériel militaire à Israël.

4e Vers : 2 décembre 2023, Macron appelle à “un cessez-le-feu durable” (sic).

5e vers : référence au poeme If de Kipling adapté par André Maurois “Si tu peux conserver ton courage et ta tête Quand tous les autres les perdront. 7e vers : le 31 octobre Sketch de Guillaume Meurice sur France Inter “Halloween approche et tout le monde commence à chercher un déguisement pour faire peur. En ce moment, le déguisement Netanyahou marche pas mal. C'est une sorte de nazi, mais sans prépuce”. Comparer un juif à un nazi est problématique, parler de prépuce plus encore. Il aurait suffit de dire “c'est une sorte de facho avec une kippa”.

8 vers : “L'histoire ne se répète pas, mais il y a une continuité.” Zeev Sternhell, en 2019, historien et universitaire israélien, l'un des plus grands spécialistes du fascisme. https://www.radiofrance.fr/franceculture/zeev-sternhell-le-fascisme-n-est-pas-sorti-des-tranchees-de-1914-il-appartient-a-l-histoire-europeenne-4028679

9e vers : référence à “Let my people go” de Louis Armstrong.

Poème / Franc-tireur

Dans la fable de la République Universelle, On pantheonise la mémoire des Partisans, Avec du barbelé aux murs de nos citadelles : Liberté ; Égalité ; Fraternité ; soi disant.

Qu’il est loin le temps des camarades ! Que flottent les lambeaux de notre superbe, Je m'attendais à bien d'autres barricades : L'espoir des miliciens me donne la gerbe !

Tandis que la police empoisonne l'eau des migrants, Nous ne sommes que les causes que l'on sert. Il faut tout cramer, à commencer par les camps, Alors qu’il n'y a pas d'étranger sur cette terre.

À la glorieuse mémoire des FTP MOI.

Looping 21 décembre 2023 – 21 février 2024.

Poème / Parfois je brûle de talent

Parfois je brûle de talent, tandis que je ploie sous la faiblesse Partagé entre mon amour-propre et le mépris que j’ai de moi-même Une impression d’être misérable entrecoupée d’élan de noblesse Un sentiment de confiance dévoré par l’idée que personne ne m’aime

Les pensées suicidaires côtoient la peur panique de la mort Où je suis un grand orateur si je ne suis pas perdu à bredouiller Je semble être dandy acide, corrosif et élégant, c’est un peu fort Je crois écrire de la poésie lyrique, mais c’est mal gribouillé

De bons moments dans la nitescence, mais il n’y en a pas tant Plus de temps passé dans l’ombre que dans la lumière du feu sacré Si je suis expert en quoi que ce soit, c’est pour cacher le charlatan Quand je suis adroit, ce n'est qu’au volant de machines fumantes et délabrés

Toutes ces cicatrices sont mon histoire, mais je les assume On en vient à se faire aimer de nos chaînes qui infusent Accepter est moins douloureux que lutter contre ce costume C’est une douleur lente qui ne nous tue que si on la refuse

Looping juillet 2020

Poème / Sans titre

Je ne murmurerais pas de nom à l’oreille. Ni de poème tout plein d’amour et d’envie. Puisque aux annonces des temples de merveille, Je suis résolu à rester sur le parvis.

J’ai traversé, sans faillir, des forets de refus, Qui n’ont jamais égratigné ma porcelaine. Pour en sortir, je renonce bien à ce qui fût… Et aussitôt elle perd sa valeur, ma baleine !

Looping février 2022

Baleine : référence à Moby Dick.

Prose / Carpe Diem

Je viens vous adresser un message universel, qui sort parfois de la bouche d’hommes et de femmes qui ont survécu, tellement survécu. Cela peu sembler convenu tant c’est devenu commun. Un poème antique d’Horace. Gravé dans la pierre à Rome ou sur les cadrans solaires, tatoué, chanté, écrit sur les pages d'un poème ou sur le sable d'une plage…

“Carpe diem.”

“Ne cherche pas à connaître, il est défendu de le savoir, quelle destinée nous ont faite les Dieux, à toi et à moi, ô Leuconoé ; et n’interroge pas les Nombres Babyloniens. Combien le mieux est de se résigner, quoi qu’il arrive ! Que Jupiter t’accorde plusieurs hivers, ou que celui-ci soit le dernier, [...] sois sage, filtre tes vins et mesure tes longues espérances à la brièveté de la vie. Pendant que nous parlons, le temps jaloux s’enfuit. Carpe diem, quam minimum credula postero. Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain.”

Il ne s’agit pas ici d’une invitation à la suprématie du plaisir et à ignorer les conséquences de nos actes. C’est au contraire une discipline de vie saine qui incite à ne pas remettre au lendemain. Tempus fugit ! Le temps fuit ! Il nous faut alors habiter la réalité et ne craindre ni les dieux ni la mort, car nous n’avons rien d’autre que l’instant présent. On dit “Yolo” depuis une dizaine d'années, un acronyme anglais pour dire qu'on ne vit qu'une fois. Jouir de chaque expérience avec intensité : rire des montagnes de rire et pleurer des torrents de larmes. En somme, profiter de la vie. De toute la vie.

Alors, Carpe diem !

Et avant de rendre la parole, je dois évoquer ici, Berthe, ma grand-mère, mais aussi ma tante, Valérie, et mon amie, Bérangère. Elles me manquent. Carpe diem c'est aussi honorer nos morts à travers notre vie.

J'ai dit.

Looping. Discours prononcé lors du mariage de mon frère en juillet 2022.

Poème / Comme une étincelle

Elle m'embrassa comme pour me prier de me taire Je tenais son corps, comme un soleil a bout de main Nous entamions la paix, après une terrible guerre Nous nous occuperons du reste demain.

Elle retira doucement sa chemise Apres m'avoir couché Et mes mains furent misent Partout ou elles pouvaient toucher

Je me suis retrouvé allongé sous elle Comme pour mieux la regarder Finalement, elle fit sauter ses bretelles Pour libérer deux seins que je voulais garder

Sa respiration se fit plus pressante Comme mes doigts sur son corps de sel C'est dans la lumière absente Qu'elle me dis « je t'aime » comme une étincelle...

Looping ~1998

Poème / Haïku

Vendanges en autonome Le fermier pense au suicide A longueur de champ

Looping

Poème / Point final

Voir par le spectre d’objets fragiles des immensités Les mots forgeaient, fugaces, quelques merveilles Pendant que chaque fêlures de mon coeur inusité Laissait sur la blessure langueur et couleur vermeil.

Comme on est seul au milieu de la centaine S’agite sans bruit le grelot de la déception Pourtant à mille lieues d’être certaine Celle-ci touche le coeur qui fait défection

Cet espoir est mille fois morts pour rien, Mais comment répondre à la faveur d’un écho ? Il ne restera rien sinon moi qui me souviens De la saveur de son ombre au goût de placebo

Aussi bien qu’un verset emmena cet incendie Ma passion succombe d’un geste d'indifférence Je ne rougissais même pas de ce qu’un sein dit Nous ne partagerons que la désespérance

Looping, 2018